samedi 20 décembre 2025

Texte 2

 

    - Toi ?!!!

    En le voyant assis à la table de la cuisine, à sa place tout comme avant, l’air m’a manqué et c’est tout ce que j’ai trouvé à dire. Six ans que je ne l’avais pas vu, sauf pour le divorce, dans un tribunal qui sentait le moisi et où une vieille marmite posée dans un coin récoltait le goutte à goutte du plafond avec un clic de supplice chinois. Mon supplice à moi, je m’en croyais quitte mais Ernest a plus d’un tour dans son sac, des relations comme il dit, et j’ai été condamnée à apurer ses dettes et à payer les frais du procès en échange de la garde exclusive de Philippe. Je n’allais quand même pas confier mon bébé à un type qui allait me le pourrir dans les cafés et lui montrer comment on traite les femmes  !

- La porte de derrière était ouverte. Faut pas me reprocher de l’avoir poussée.

- Ce n’est plus ta maison. Sors tout de suite de chez moi.

- À ce que je vois, t’as pas plus d’ordre que d’habitude. T’as encore laissé les fils de séchage en place. Il met encore des langes, ton gamin ?

- À cinq ans ? Qu’est-ce que tu crois ?

- Ça puait.

- Non, ça ne puait pas. Je les rinçais et je les mettais dans le garage jusqu’au samedi parce que tu n’étais pas fichu de faire tourner la machine. Mon gamin, c’était aussi le tien, je te rappelle.

- Ça reste à voir. Il est noiraud, pas comme moi. T’avais déjà ton bougnoul, j’en suis sûr.

- Mon bougnoul ? Quel bougnoul ?

- Le bamboula qui habite ici. Tu crois que j’ai pas vu ses pantoufles, là dans le coin ?

- Y a pas de bamboula ici. Et quand bien même, ça ne te regarde pas. On est divorcés, je te rappelle, et ça m’a coûté assez cher. Et ça continue puisque tu ne me verses pas la pension alimentaire de Philippe.

- Comment veux-tu ? On gagne à peine de quoi vivre au CPAS.

- En retroussant ses manches, pardi ! Ce que tu n’as jamais fait.

- T’as vite oublié les cadeaux que je t’ai faits.

- Des cadeaux ? Un cadeau, un ! Un faux Shalimar acheté au marché avec mon argent que tu avais piqué dans ma boîte. Rien que d ’y penser j’en ai la nausée.

- Il arrive quand, ton moricaud ?

- C’est pas un moricaud, et t’as intérêt à filer avant qu’il rentre.

- Tu crois que personne ne vous voit ? Au café, aux fêtes de Wallonie...T’as du goût pour les bronzés, on dirait  !

- Ça me change des types dans ton genre, avec trois poils blondasses sur le crâne.

- Donc, j’ai vu clair, menteuse. Si je ne te fais pas la peau, c’est par respect pour les femmes, mais attends un peu qu’il rentre !

Mon sang n’a fait qu’un tour. Jusqu’à ce que je rencontre Ernest, j’étais une fille sage. Si j’avais été plus délurée, j’aurais pris mes précautions et tout ça ne serait pas arrivé. Mais j’avais seize ans, je sortais en boîte pour la première fois et j’ai été éblouie qu’il s’intéresse à moi, lui, un gars de vingt-cinq ans qui avait déjà roulé sa bosse et me serrait contre sa poitrine pendant les slows. Ses vêtements sentaient la cigarette, sa bouche aussi. Je n’aimais pas mais du coin de l’oeil je surveillais mes copines pour m’assurer qu’elles ne perdaient pas une miette de mon pouvoir de séduction. Quand j’ai parlé de rentrer, il m’a attirée dans les toilettes. C’était la première fois que ça m’arrivait, ça a été vite et c’était aussi bien. J’ai continué à le voir pour épater les filles. On est encore sortis ensemble quelques samedis, et est arrivé ce qui devait arriver : Philippe, et c’est ainsi qu’on s’est retrouvés à vivre ensemble, avec un bébé qu’il ne supportait pas. Le jour où il s’est barré, j’ai soufflé. Et voilà qu’il revenait empoisonner ma vie avec Albert. Pourvu qu’au moins le pauvre garçon ne rentre pas avant que ce crétin ne dégage, il pourrait bien y avoir du sang, juste pour vérifier que le sang des noirs est rouge.

Texte 3

       Ernest a repoussé sa chaise en faisant du bruit exprès, il sait bien que je ne supporte pas les grincements, et il est sorti. Son sou...