- Toi ?!!!
En le voyant assis à la table de la cuisine, à sa place tout comme avant, l’air m’a manqué et c’est tout ce que j’ai trouvé à dire. Six ans que je ne l’avais pas vu, sauf pour le divorce, dans un tribunal qui sentait le moisi et où une vieille marmite posée dans un coin récoltait le goutte à goutte du plafond avec un clic de supplice chinois. Mon supplice à moi, je m’en croyais quitte mais Ernest a plus d’un tour dans son sac, des relations comme il dit, et j’ai été condamnée à apurer ses dettes et à payer les frais du procès en échange de la garde exclusive de Philippe. Je n’allais quand même pas confier mon bébé à un type qui allait me le pourrir dans les cafés et lui montrer comment on traite les femmes !
- La porte de derrière était ouverte. Faut pas me reprocher de l’avoir poussée.
- Ce n’est plus ta maison. Sors tout de suite de chez moi.
- À ce que je vois, t’as pas plus d’ordre que d’habitude. T’as encore laissé les fils de séchage en place. Il met encore des langes, ton gamin ?
- À cinq ans ? Qu’est-ce que tu crois ?
- Ça puait.
- Non, ça ne puait pas. Je les rinçais et je les mettais dans le garage jusqu’au samedi parce que tu n’étais pas fichu de faire tourner la machine. Mon gamin, c’était aussi le tien, je te rappelle.
- Ça reste à voir. Il est noiraud, pas comme moi. T’avais déjà ton bougnoul, j’en suis sûr.
- Mon bougnoul ? Quel bougnoul ?
- Le bamboula qui habite ici. Tu crois que j’ai pas vu ses pantoufles, là dans le coin ?
- Y a pas de bamboula ici. Et quand bien même, ça ne te regarde pas. On est divorcés, je te rappelle, et ça m’a coûté assez cher. Et ça continue puisque tu ne me verses pas la pension alimentaire de Philippe.
- Comment veux-tu ? On gagne à peine de quoi vivre au CPAS.
- En retroussant ses manches, pardi ! Ce que tu n’as jamais fait.
- T’as vite oublié les cadeaux que je t’ai faits.
- Des cadeaux ? Un cadeau, un ! Un faux Shalimar acheté au marché avec mon argent que tu avais piqué dans ma boîte. Rien que d ’y penser j’en ai la nausée.
- Il arrive quand, ton moricaud ?
- C’est pas un moricaud, et t’as intérêt à filer avant qu’il rentre.
- Tu crois que personne ne vous voit ? Au café, aux fêtes de Wallonie...T’as du goût pour les bronzés, on dirait !
- Ça me change des types dans ton genre, avec trois poils blondasses sur le crâne.
- Donc, j’ai vu clair, menteuse. Si je ne te fais pas la peau, c’est par respect pour les femmes, mais attends un peu qu’il rentre !
Mon sang n’a fait qu’un tour. Jusqu’à ce que je rencontre Ernest, j’étais une fille sage. Si j’avais été plus délurée, j’aurais pris mes précautions et tout ça ne serait pas arrivé. Mais j’avais seize ans, je sortais en boîte pour la première fois et j’ai été éblouie qu’il s’intéresse à moi, lui, un gars de vingt-cinq ans qui avait déjà roulé sa bosse et me serrait contre sa poitrine pendant les slows. Ses vêtements sentaient la cigarette, sa bouche aussi. Je n’aimais pas mais du coin de l’oeil je surveillais mes copines pour m’assurer qu’elles ne perdaient pas une miette de mon pouvoir de séduction. Quand j’ai parlé de rentrer, il m’a attirée dans les toilettes. C’était la première fois que ça m’arrivait, ça a été vite et c’était aussi bien. J’ai continué à le voir pour épater les filles. On est encore sortis ensemble quelques samedis, et est arrivé ce qui devait arriver : Philippe, et c’est ainsi qu’on s’est retrouvés à vivre ensemble, avec un bébé qu’il ne supportait pas. Le jour où il s’est barré, j’ai soufflé. Et voilà qu’il revenait empoisonner ma vie avec Albert. Pourvu qu’au moins le pauvre garçon ne rentre pas avant que ce crétin ne dégage, il pourrait bien y avoir du sang, juste pour vérifier que le sang des noirs est rouge.
Bonjour Marie-Claire. Que 2026 te soit douce, agréable et drôle !
RépondreSupprimerLiliane nous demande un "pourquoi" et celui-ci est évident: pourquoi cet horrible bonhomme d'Ernest débarque-t-il chez Fernande ? Ses intentions ne sont certainement pas sympathiques, à l'aune de son discours, carrément odieux. Rien qu'à te lire, je me révolte ;-)
Autre question que soulève ton texte: comment Philippe vit-il une filiation de toute évidence chaotique ?
Je me réjouis de te lire. A bientôt.
Andrée
Petit message de Colette
RépondreSupprimerBonjour à vous tous, les amis,
Je ne trouve que ce moyen pour vous contacter et vous dire que Liliane est hospitalisée à Dinant suite à une mauvaise grippe.
Je l'ai eue en ligne ce matin. Elle se semble fort faible et la toux l'épuise depuis plus d'une semaine.
Bien sûr, elle s'inquiète pour l'atelier Escale du Nord qu'elle ne peut assumer pour l'instant. Ce qui veut dire que le blog est momentanément suspendu.
Un petit message de notre part lui fera certainement plaisir. et lui donnera la force pour combattre ce sale virus.
Montrons-lui qu'elle compte pour nous !
J'espère toucher tout le groupe par ce biais...
Je vous souhaite un beau week-end !
Colette
Avec le retour d’Ernest, c’est un passé violent qui ressurgit dans une vie que ton héroïne tente de reconstruire. Ernest revient pour reprendre un pouvoir qu’il a perdu, et Fernande réagit parce qu’elle refuse désormais d’être victime. Ton texte nous montre bien le choc entre un passé toxique et un présent fragile, par les échanges verbaux, les menaces, l’évocation de souvenirs. Le style est très dur, agressif . Je me demande comment Fernande va pouvoir se débarrasser d’Ernest.
RépondreSupprimerEt voici la question :
Pourquoi retombe-t-elle toujours sur le même genre de partenaire ?
A bientôt,
Cathy
Bonjour Marie-claire,
RépondreSupprimerHoulà ! Une scène inhabituelle chez toi qui aime les rencontres plus amicales. Que de justesse aussi dans ces rapports d'après divorce.
Quel est le but de son ex ? Pourquoi lui pourrir la vie ? Jalousie, précarité ?
Vivement la suite, avec ou sans (?) le retour d'Albert...
Je te souhaite cordialement une bonne et heureuse année et je joins mes voeux de guérison pour Liliane.
Bien à toi,
Jan.
Bonjour Marie-Claire,
RépondreSupprimerpas simple la vie de Fernande! Il faut dire que, comme dit Cathy, qu'elle semble collectionner ce genre d'homme et additionne les problèmes dès lors. Je suppose donc que tu vas jouer l'alternance des hommes, y compris le fils. Bonne idée.
La question qui me vient de suite c'est pourquoi revient-il? Pour de l'argent? Il est au CPAS et cherche la facilité...Ou serait-ce pour avoir une visite médicale à l'oeil? Je ne crois pas que se soit pour conquérir sa chère et tendre....Chouette texte en tout cas!
Je te souhaite une très bonne année 2026 et....une bonne santé (pensée à Liliane également!!)
Cordialement,
Patrick
RépondreSupprimerOn découvre Fernande jeune, face à un -ex aussi collant que déplaisant. Tu as très habilement utilisé la consigne d’abord le rouge de la colère et aussi l’astuce de te servir d’un incident à priori secondaire, le cadeau du parfum, pour révéler la malhonnêteté fondamentale du mari sans parler de la fin du texte qui nous raconte les débuts sordides de ce que Fernande prenait pour une histoire d’amour avec sa naïveté candide de gamine fière d’être remarquée par un adulte. Il lui en reste un fils qui, à ce moment du récit semble être encore capable de faire son bonheur.
Le dialogue, comme d‘hab sonne juste, est serré, nerveux.
J’attends avec impatience un autre moment, peut-être plus heureux, de la vie de Fernande.
Il s’agira cette fois, sous le signe du vert de la confrontation avec un jouet qui lui évoque un souvenir.
Bon travail,
Liliane
Bonjour Marie-Claire,
RépondreSupprimerFernande est confrontée à son premier compagnon qui est vraiment un sale type, raciste et incapable d'assumer ses obligations.
Tout cela donne l'impression que cela va mal finir. Est-ce que la chute d'Albert n'a aucun lien avec Ernest ? Il aurait pu le faire boire et être indirectement la cause de l'accident de travail.?
En tout cas on est dans un roman de Zola. Fernande est ce celle qui dès le départ sont mal parties dans le vie. On ne peut que lui reprocher sa naïveté et un petit manque d'intelligence ou est-ce une forme d'autopunition qu'elle s'inflige en choisissant toujours le mauvais cheval ? Que pense-t-elle devoir expier ?
Vivement le suite.
Meilleurs voeux,
José